Catégorie : Les procès
1953 – 10 au 14 juin – Procès des assassins – Tribunal militaire de Lyon
NDLR : 6929 documents d’archives ont été transmises par le Ministère des Armées.
Procédure judiciaire dite du « Siecherheitsdienst (SD) de Chalon-sur-Saône », clôturée par le jugement no 195/5732 rendu le 12 juin 1953 par le Tribunal militaire permanent (TMP) de Lyon à l’encontre d’Emile Goldberg, Karl Haeberle et Hans Kruger (Source: Ministère des Armées, Juillet 2023)
Extrait des journaux :
L’ASSASSINAT DU COLONEL Lévêque à AUTUN
C’était Haeberle qui est chargé d’arrêter le Colonel Lévêque d’Autun, sur ordre du Lieutenant Hans Krüger. Le Colonel Lévêque était un brilliant officier supérieur. Ancien élève de l’école de Saint Maixent, il avait commandé le magnifique régiment qu’est le 3e étranger à Fez. Puis, il lui avait été confié cette belle école d’élèves officiers, dont lui même était sorti, pendant l’occupation.
Haeberle avait pris toutes ses dispositions pour ceinturer sa maison à Autun. Puis le 22 juillet, le colonel Lévêque, habitant au troisième étage, au dessus du café français, va répondre à sa porte. On a sonné. Mais ce patriote voit les miliciens. Il referme bien vite sa porte. Aussitôt, il est abattu sauvagement. Telle est la fin dramatique de ce bel officier aux brillants états de services.
Son corps est resté trois jours étendu dans le vestibul. Il a fallu négocier pour le faire enlever.
Voici que s’avance lentement à la barre Mme Robert Lévêque, épouse du regretté colonel. Son visage est contracté. Elle retient ses larmes. On lui donne une chaise. Elle rappelle cette terrible scène qu’elle va faire revivre avec discrétion.
Oui Haeberle, dit-elle, était à la tête des miliciens. Ils ont fouillé mon appartement. Ensuite Haeberle m’a dit : « Préparez une valise de linge pour l’enfant, agé de 7 ans et très peu pour vous ».
- La suite dans la coupure de journaux
Puis Madame Lévêque s’en va, toujours aussi digne. Elle a retenu ses larmes jusqu’à la dernière minute de sa déposition. Elle quitte aussitôt le prétoire.
Toutefois, en fin d’audience, Goldberg déclare « qu’à l’époque il fallait, coûte que coûte, obtenir des renseignements sur les maquis qui causaient tant de pertes aux Allemands. Et il ajoute : J’ai dû employer des moyens qui me répugnaient. »
1946 – 31 juillet – Procès de Dijon
L’interrogatoire de GRESSARD sur chacun de ces forfaits provoque le plus souvent une dénégation de sa part.
http://santemiland.unblog.fr/12-aout-44/
M. BUHOT, dans son réquisitoire rend d’abord hommage aux victimes de GRESSARD (GRESSARD, alors pleure, sans larmes) puis reprend l’accusation (GRESSARD les yeux baissés, pleure silencieusement, regarde ses mains, le Commissaire du Gouvernement, pâlit peu à peu et fait des dénégations de la tête).
La foule manifeste son indignation à la description des horreurs perpétrées par le jeune bandit. Après avoir donné lecture du rapport d’un médecin psychiatre concluant à l’entière responsabilité de GRESSARD, M. BUHOT conclu à son tour à la seule sanction possible : la mort.
Me FRICAUDET avocat commis pour la défense de GRESSARD, prononce alors une magistrale plaidoirie au cours de laquelle il dit son étonnement de n’avoir trouvé chez son client aucune des émotions douloureuses que l’on rencontre chez les grands criminels et aucun remord.
L’avocat évoque fort habilement l’enfance malheureuse de GRESSARD et tente de démontrer le rôle redoutable joué sur lui par Stucklick, qui a vu en GRESSARD un « limier intelligent » dont il s’est servi.
La cour se retire pour délibérer après lecture faite par le Président, des 38 questions posées au jury. A 17 heures 45, après une demie heure de délibération, le Président donne lecture des réponses, oui à toutes les questions.
En conséquence, GRESSARD est condamné à mort. La cour prononce en outre la confiscation de tous ses biens, présents et à venir.
Après avoir entendu la messe et communié, GRESSARD a déclaré à M. BUHOT, commissaire du gouvernement qui l’interrogeait, qu’il prenait la responsabilité de toutes les opérations aux quelles il avait participé, il ajouta « …j’ai été lâche, je ne le serai pas aujourd’hui… »
Il refusa de se laisser bander les yeux et demanda la faveur -qui lui fut refusée- de commander lui-même le peloton d’exécution.
Le 10 mai 1945 à 5h55 la sentence fut exécutée au stand de Chalon sur Saône. GRESSARD venait d’expié ses crimes monstrueux.
Son complice GROSJEAN, était accusé et coupable des mêmes crimes à Germagny, Saint Emiland, Dun-les-Places, Toulon sur Arroux, Anost, Mellecey, Ménessaire etc. Lors de son procès il déclara : …J’ai été abusé par la propagande du Maréchal…. Célestin GROSJEAN fut arrêté en avril 1945 à Mayence (Allemagne) dans un camp Américain où il travaillait. Transféré à la Maison d’Arrêt de Chalon sur Saône dans la nuit du 25 au 26 juin 1945.
Comparu un an plus tard devant le tribunal de la cour de justice de Dijon. Un témoin de Saint Emiland qui assistait fut formel en disant « Je reconnais celui qui a incendié ma maison »
Le milicien nia en bloc tous les chefs d’accusation que la cour lui reprochait, il ne put cependant empêcher la sentence ultime et fut condamné à mort le 31 juillet 1946.
GrosJean répondait aux ordres de Hans Krüger (capitaine SS chef de l’antenne du KdS de Stanislau, puis de Chalon-sur-Saône, (chef suprême des SS et de la Police dans le Gouvernement général) qui fut condamné à la peine de mort par contumace (en son absence) lors du procès des assassins de Edmond Lévèque.
Il est établi sur wikipedia que « L’activité principale de Krüger en France est la lutte antiterroriste et la chasse aux réfractaires du STO (NDLR). Il la mène avec peu d’hommes mais peut compter sur l’aide de miliciens « gestapaches » dont Pétrignani, Gressard, Grosjean pour les plus redoutables. »
Lire l’ensemble de l’article du Krüger sur Wikipedia. Il échappa à la justice. » La guerre finie, Krüger est fait prisonnier en Hollande par les Canadiens. Personne n’ayant vraiment fait le rapprochement entre l’homme et les crimes qu’il a commis65, il est libéré fin novembre 1948 et se lance en politique en Allemagne …/… En 1959, sa carrière politique prend un tournant brutal quand le bureau du procureur d’État de Dortmund ouvre une enquête sur son passé. Il est placé en détention provisoire le 9 janvier 1962 et mis en examen en octobre 1965 pour les crimes commis pendant son séjour en Pologne en 1941-1942. Le 18 avril 1966, s’ouvre son procès à Münster. Le 6 mai 1968, Krüger est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité66 pour crimes contre l’humanité2. Il ne sera jamais condamné pour ses crimes commis contre les Polonais ethniques, non juifs, ni ceux des résistants français67. Il est libéré de prison en 1986 et meurt le 8 février 1988″
